Junta

junta boite

Junta, vieux jeu de 1979 et réédité en mai 2016, est un jeu à l’immense réputation. Les anciens le décrivent souvent comme « un mauvais jeux absolument fantastique » et il m’aura fallu y jouer pour comprendre pourquoi.

République bananière

« El présidente » doit mettre en place un gouvernement en distribuant les rôles de son gouvernement (Ministre de l’intérieur, chef de brigade, amiral, etc.) puis distribuer et faire voter à chaque tour le budget de l’aide internationale entre lui et ses différents ministres. Bien évidemment l’aide internationale est toujours rachitique (El présidente a le droit de mentir), les budgets toujours insuffisants pour alimenter correctement les comptes en suisse des différents joueurs (seule et unique façon de marquer des points), les vols et tentatives d’assassinats se multiplient. Les budgets finissent par ne plus être votés et le ministre de l’intérieur se retrouve à envoyer régulièrement la police au parlement pour les faire passer en force.

junta plateau

En gros, pendant ces phases : ça discute, ça pinaille, ça ment comme un arracheur de dents (mention spéciale à celui qui affirme devant tout le monde que le budget du ministre de l’intérieur est d’un seul milliard -la valeur minimale possible- alors qu’il lui a posé deux billets sous le nez). Ça utilise des cartes pour gagner du poids lors des votes, des cartes pour mettre des bâtons dans les roues a ses concurrents, et ça explique que non, vraiment, cette tentative d’assassinat sur El Presidente était une grossière erreur qui ne se reproduira plus. A noter que la plupart des atteintes à la personne nécessitent de deviner la localisation de la cible, il n’est par exemple pas possible de cambrioler quelqu’un s’il est présent à sa résidence.

Ces tours de jeux s’enchaînent jusqu’à ce qu’un joueur en ait marre d’être la dernière roue du carrosse, et profite d’une manifestation étudiante pour sortir ses troupes de sa caserne, lançant un coup d’état suivi (ou pas) par les autres joueurs. Le coup d’état se joue alors façon « mini wargame » sur le plateau de jeu, mêlé de tractations de chaque camp pour tenter de faire basculer les autres généraux.

En règle générale, El présidente menace d’envoyer les gens au peloton, ou propose des postes ou de l’argent. Le rebelle, quand à lui, vante un nouveau régime, fait d’égalité et de postes équitablement distribués, le tout tandis que les troupes s’écharpent autour du palais. Une fois la rébellion gagnée, un nouveau président est élu par les rebelle. Nouveau président qui va immédiatement commencer à se mettre du pognon plein les poches, et à prétendre que le budget est rachitique…

Un mauvais jeu ?

Ces mécanismes étant bien rodés, pourquoi est ce qu’on parle de Junta comme d’un « mauvais jeu » ? Et bien le principal point noir est que les parties peuvent être longues, voire interminables si les coups d’état s’enchaînent. Cette longueur repose beaucoup sur les joueurs, et leur capacité à frapper au bon moment au lieu de faire des coups d’état pour un oui ou pour un non. Dans le cas contraire, les heures défilent et la motivation chute. Il ne faut pas hésiter à se rendre ou à abandonner un coup d’état trop mal parti pour ne pas faire perdre du temps inutilement. Il est aussi possible de limiter la taille de l’aide internationale pour accélérer les fins de parties.

Deuxième point noir, plus mineur : le manuel de règles est super mal organisé. Il nécessite de multiples aller-retours, on ne trouve pas forcément l’info voulue à l’endroit attendu, et certaines règles laissent un peu trop d’interprétation.

Pour terminer Junta ne donne toute sa saveur qu’à sept joueurs (ce qui n’est pas toujours simple à rassembler) et le hasard y est relativement présent, ce qui peut frustrer les amateurs de « gros jeux » mais favorise les retournements ubuesques de situation.

Des défauts, donc, mais tout cela est compensé par l’ambiance autour de la table, qui est fantastique !

Il faut entendre un joueur plaider désespérément pour la rébellion, prétendant avoir les ouvriers prêts à rejoindre la lutte, et le voir faire basculer un ou deux joueurs dans le camp des rebelles avant de retourner sa veste et aider El Présidente à écraser les « sales traîtres », le tout avec un faux accent cubain (obligatoire) et la musique de Tropico en fond.

 

Par conséquent, je le recommande chaudement. Si vous avez quelques potes avec de la tchatche,  que vous aimez les jeux aux thèmes forts, et que vous être prêts à prendre quelques heures, n’hésitez plus. Junta est un grand classique qui vous tend la main !

 

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