Tanto Cuore Ce n'est pas du tout ce que vous croyez

« C’est japonais et c’est très sympa. » J’ai beau être un chantre de l’ouverture d’esprit de la diversité culturelle, cette façon que l’on a eu de me présenter Tanto Cuore ne pouvait que m’inciter à la plus extrême des méfiances.

N’y voyez aucune forme d’anti-nipponisme primaire… Mais la dernière fois que quelqu’un a associé « japonais » et « sympa » pour m’exposer sa nouvelle trouvaille, il fut question de cassettes VHS planquées sous une armoire, d’écolières et de tentacules. J’ai mis plus de trois mois avant de pouvoir manger à nouveau du poulpe, animal pourtant sympathique qui constitue, avec le salsifis, la base de mon alimentation. Heureusement pour mon équilibre mental et alimentaire, ce jeu, inspiré de Dominion – oui, encore un – qui nous vient du pays du Soleil Levant n’a rien à voir avec le Hentai. Mais Tanto Cuore n’en gravite pas moins autour d’un fantasme masculin typiquement nippon. Et sa thématique, ces « maids » (comprenez : des soubrettes) lascives et légèrement vêtues qui affolent la gent masculine de l’Archipel, avait largement de quoi inspirer la circonspection.

Jugez vous-mêmes : chaque joueur est un « maître de maison » qui va tenter de s’arroger le maximum de « prestige » en « recrutant » des « soubrettes » et en les mettant au « travail » au sein de sa « demeure ». Désolé pour les abondants guillemets, mais là, pas moyen d’en faire l’économie. Normalement, à ce moment, vous comprenez qu’il ne sera pas simple d’envisager de faire participer Isabelle Alonso à une partie. Et que même si, par bonheur, vous parvenez à faire croire à vos convives que ces employées de maison ne sont payées que pour passer la toile et faire du repassage, il faudra à ces derniers une dose minimum de second degré pour jouer sans arrière-pensée.

Beauté intérieure (si, si…)

Comme évoqué plus haut, Tanto Cuore s’inspire ouvertement de Dominion. Nous avons là affaire à un pur jeu de construction de deck. À savoir : tout le monde commence avec une main identique et, au fil de la partie, joue ses cartes pour en piocher d’autres, renforcer sa main et ainsi jouer à chaque tour des combos toujours plus puissants.

À son tour, un joueur peut, par défaut, mettre en « service » une maid (et donc activer son pouvoir spécial) puis employer une nouvelle jeune fille au « pôle emploi de la soubrette » au centre de la table contre des points « d’amour » (comme c’est mignon). Les combos servent donc à aligner les cartes permettant d’augmenter sa capacité « d’amour », de mise en service et de recrutement.

La petite particularité de Tanto Cuore, c’est que chaque joueur dispose, devant lui, de deux espaces. Le premier, la « chambre », permet d’y déposer les maids qui n’ont d’autres fonctions que de rapporter des points de victoire et ainsi délester sa main de cartes sans capacité. Le second accueille les « private maids » (c’est-à-dire… euh, non, démerdez-vous pour traduire sur ce coup-là), aux capacités puissantes pouvant aller jusqu’à modifier les règles de base. L’autre subtilité réside dans les coups bas que l’on peut coller à ses concurrents : des « maladies » qui rendent les pauvres maids indisponibles et des « mauvaises habitudes » qui, en s’accumulant, plombent le total de points de victoire des autres « maîtres de maison ».

Bref, la première expérience de Tanto Cuore débute, légitimement, avec un mélange de crainte et de stupéfaction devant ce mélange savamment dosé d’érotisme soft et de vulgarité crasse. Mais elle s’achève par la découverte d’un jeu passionnant, aux mécanismes subtils, dynamique et, par bien des aspects, mieux pensé que le Dominion dont il s’inspire. Donc oui, rien que pour en découvrir la richesse, ça peut justifier le risque de passer pour un pervers auprès de vos proches.

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Article original paru dans le magazine Canard PC

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