Les jeux en bagnole de mon enfance

Que faire lors des longs trajets sur la route des vacances lorsqu’on est un gamin dans les années 80 ou 90 ? Pas d’écran à frictionner compulsivement, de SMS à envoyer, de Youtube ou Netflix à essorer… Alors on essaie de jouer un peu pour faire passer le temps. Cluedo, Monopoly de voyage ? Tout a valdingué au premier virage, ou cela a fini moucheté de vomi, balancé par la fenêtre avec le sac Mammouth, percé, dont le contenu régurgité avait commencé à couler lentement sur les tapis de sol en moquette.
Alors on regarde la route et on essaie toujours de jouer un peu pour faire passer le temps et oublier l’odeur.

On compte les voitures rouges, jaunes, bleues, ha non pas noires ou blanches ou grises c’est trop facile tant pis je joue pas mais si allez, et celui qui a le plus de points gagne. Généralement, celui qui a le plus de points se retrouve à continuer de jouer tout seul au bout de dix minutes.

Devine à quoi je pense ? C’est un homme ? Une femme ? Un animal ? Est-ce qu’il a des griffes pointues ? On pose les questions chacun son tour, un point pour celui qui trouve. Le jeu se termine à 5 points ? Bien sûr que non, ça s’arrête quand on en a marre de poser des question sur un truc trop dur et introuvable, ou parce que le plus petit ne sait pas si c’est un mammifère, un carnivore ou un objet.

On regarde nonchalamment la route et celui qui ne baisse pas la tête quand on passe sous le pont a une bosse ! Pour gagner, bluff et observation. Seuls le sang froid le plus arctique et la poker face la plus impassible vous permettront de plonger front en avant au dernier moment sous le pont que la petite sœur n’aura pas vu venir, trop occupée à mâcher sa ceinture de sécurité. « T’AS UNE BOSSE !  » Hurlé dans les oreilles, une bonne chance de la faire pleurer. HA HA HA meilleur moyen aussi d’avoir un accident quand tout le monde gueule sur le chauffeur « T’AS UNE BOSSE ! » et qu’il décide de se mettre à jouer en baissant la tête sous le tunnel.

Quand l’adversité est trop présente, on attaque le jeu du rond. Je crois que je ne connaissais pas le nom de ce jeu à l’époque, mais le pouce et l’index formant un rond sous la ceinture, les autres doigts écartés,un coup d’œil malheureux et un coup de poing bien ajusté sur l’épaule, il n’est pas besoin d’en dire un seul mot. Peut être réussirez vous à placer un contre, surpassant les réflexes de votre adversaire, mettant votre doigt dans son rond, il subira votre courroux. Ruse, vivacité, force, endurance. Il y a cependant de grande chances que cela se termine en une variante sauvage : pas de rond, coups sur coups, le premier qui dit « aïe » a perdu. Au final, pour ne pas craquer, on cogne la petite sœur, qui pleure au premier direct à l’épaule. Sacré engueulade, mais l’honneur est sauf.

Tchifoumi. Tant pis pour les puristes, quand on est gamin on comprend rien et on joue avec le puits. Fin de l’histoire.

Coucou, grimaces aux voitures, et on compte les personnes qui répondent. Rires gênés,on se cache sous la vitre de la portière. Un petit doigt d’honneur discrétos quand on veut se faire des sensations fortes et le stress le plus absolu quand la voiture offensée se cale à notre vitesse. On fait semblant de dormir, on pleure, on pince, on râle, tout mais pas ça, pourvu qu’ils ne s’arrêtent pas à la même station que nous. On a même pas fait le quart du chemin, le Dabe a déjà la veine qui bat sur la tempe, il menace d’en prendre un pour taper sur l’autre, de faire demi-tour, de laisser celui qui chiale sur le bord de la route. Des vacances, quoi.

Pour finir, je suis quand même allé regarder dans ma ludothèque quels jeux je pourrais proposer pour vraiment jouer en voiture, mais dès qu’il y a le moindre matériel, même en version miniature-aimantée-avec-des-picots-qui-tiennent-tout-seuls, ça finit forcément par se casser la gueule, non ?

Deux petites pistes, quand même :

  • Le jeu du Fictionnaire peut marcher. Ici, quelques joueurs doivent être suffisamment convaincants pour persuader que leur explication(farfelue) d’un mot, d’un événement, est la bonne. Un seul dit vrai.
  • Parsely reprend les codes du jeu d’aventure textuel des années 80 sur PC. Parsely peut être vu aussi comme une très légère initiation au jeu de rôle.Un maître de jeu est l’ordinateur, il répond aux commandes des autres joueurs : fouiller, utiliser, ramasser, parler… Il décrit les situations, résout les actions, il gère le jeu. Chance ! Il ressort en février 2018 sous le nom de Château Aventure.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *